mercredi 24 janvier 2018
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Illustration (DC/L'Essor).

Enquête sur une avalanche fatale à six légionnaires en 2016

L’entraînement en montagne était-il trop risqué ? La justice a ouvert une enquête, confiée à la Gendarmerie, pour homicides involontaires après le décès de six légionnaires emportés par une avalanche à Valfréjus (Savoie) en janvier 2016.

Plus de 20 mois après le drame, le parquet d’Albertville, chargé des premières investigations, s’est dessaisi de ce dossier à la “mi-octobre”, selon des sources interrogées mercredi, au profit de la juridiction interrégionale lyonnaise, compétente en matière militaire. Une information judiciaire contre X a aussitôt été ouverte, visant aussi des faits de blessures involontaires ayant entraîné une ITT inférieure à trois mois.

Le 18 janvier 2016, 51 militaires du 2e régiment étranger de génie (REG) de Saint-Christol (Vaucluse), qui appartient à la 27e Brigade d’infanterie de montagne (BIM), participaient à une sortie en ski de randonnée dans le cadre d’un stage destiné à leur apprendre les bases du déplacement en montagne et en terrain enneigé.

A la mi-journée, une grosse coulée de 400 mètres de large sur 300 mètres de dénivelé, partie au-dessus du groupe, emportait 18 soldats. Les survivants jetaient leur paquetage et creusaient la neige pour sortir leurs camarades, vite rejoints par les secouristes qui décriront par la suite des corps “empilés les uns sur les autres”. Le plus profondément enseveli a été retrouvé sous 2,50 mètres de neige.

Cinq légionnaires – un Albanais, un Malgache naturalisé Français, un Italien, un Moldave, un Népalais – sont morts sur le coup, un sixième, hongrois, une semaine plus tard des suites de ses blessures. Âgés de 21 à 33 ans, ils devaient partir en mission au Tchad, au Mali et en Centrafrique. Sept autres soldats ont été blessés.

Un itinéraire suicidaire?

C’est un des bilans les plus meurtriers de ces dernières années en montagne, survenu dans un régiment déjà endeuillé en février 2012 à Valloire (Savoie), où une avalanche avait emporté cinq légionnaires dont un Polonais, décédé. En janvier 2016, le procureur d’Albertville avait ouvert une enquête aux fins de recherche des causes de la mort et des blessures. Le cas de Valfréjus relevant de l’accident du travail, la transmission au parquet militaire de Lyon devait se faire en cas d’émergence d’une éventuelle infraction pénale.

Le jour des faits, Météo-France affichait un risque d’avalanche “marqué” de 3 sur une échelle de 5, notamment dans le type de pente raide où le groupe s’était engagé, sous le col du Petit Argentier (2.599 m).

L’Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (Anena), au conseil d’administration de laquelle siège de droit la 27e BIM comme représentant du ministre de la Défense, avait diffusé un message de prudence trois jours avant le drame. Sur Facebook, l’alerte avait été vue 200.000 fois. Le vent avait accumulé de fortes quantités de neige dans la combe raide, en face nord, où allait s’engager la colonne de soldats, et le nombre de skieurs était un facteur de risque supplémentaire.

Initialement, les légionnaires devaient emprunter un itinéraire beaucoup moins exposé mais le programme avait changé. De nombreux professionnels de la montagne se sont interrogés sur la responsabilité de l’armée dans le choix de cet itinéraire, qualifié de “suicidaire” par plusieurs d’entre eux.

“L’enquête démontrera si les risques pris ont été appréciés avec les précautions qui s’imposaient”, avait déclaré le ministre de la Défense d’alors, Jean-Yves Le Drian. Sollicitée mercredi par l’AFP, l’Armée n’a pas fait de commentaires dans l’immédiat.

Avec AFP

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