lundi 11 décembre 2017
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Au coeur des nouvelles brigades de contact (reportage)

Ce mardi 14 novembre, Monsieur le Maire a rendez-vous avec des gendarmes. A Waltembourg, en Moselle, c’est devenu une routine depuis quelques mois. Les habitants de ce village tranquille de 256 habitants s’habituent à revoir des gendarmes, même par temps calme en dehors des interventions. « Ils ont pris l’habitude de les voir passer, et cela les met en sécurité », souligne le premier élu de cette commune, Gérard Scheid (Sans étiquette).

Gérard Scheid Waltembourg
Gérard Scheid, le maire (Sans étiquette) de Waltembourg.

Si Gérard Scheid est un maire heureux, c’est grâce à un nouveau dispositif lancé en février dans la Gendarmerie. Son nom ? Les brigades territoriales de contact. « Il s’agit de brigades de gendarmerie traditionnelles, qui auraient pu être dissoutes, précisait Richard Lizurey, le directeur général, en octobre aux députés de la commission de la Défense. Plutôt que de supprimer ces brigades, nous avons décidé de les laisser actives et de revoir leur contrat opérationnel. »

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Recréer du lien de proximité

Dans la trentaine de brigades de contact expérimentées, les gendarmes ont pour seul objectif « d’être dehors » pour aller à la rencontre de la population, « de manière à recréer ce lien de proximité et de restaurer notre capacité de prévention et de renseignement ». Chaque brigade de contact est différente, puisqu’une large marge de manœuvre est laissée à l’appréciation des commandants de groupement.

Pierre Weingartner
L’adjudant Pierre Weingartner (Crédit photo: GT/ L’Essor).

Dans celle de Dabo, qui couvre le village de Waltembourg, ils sont trois militaires à plein temps assistés par des réservistes, rattachés à la communauté de brigades de Phalsbourg. L’adjudant Pierre Weingartner, le commandant de la brigade, sillonne avec le gendarme Damien Watremez et une gendarme adjoint volontaire, le brigadier Marine Verraz, les routes de ce territoire riche de 36 communes, soit environ 27.000 habitants. Une zone rurale, nichée au cœur du massif des Vosges Mosellan, à quelques kilomètres du Bas-Rhin, où la pierre de grès côtoie la vaste forêt domaniale de Dabo, donnant au lieu un petit air de la série télévisée Twin Peaks.

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Pierre Weingartner, 52 ans, était autrefois en poste à la brigade de prévention de la délinquance juvénile de Nancy. Damien Watremez, 30 ans, a lui été nommé à la brigade territoriale de Dabo à sa sortie d’école, il y a neuf ans, faisant de lui le gendarme le plus ancien de cette brigade. Ils assurent une permanence de deux demi-journées d’accueil dans ce bourg de 2.500 habitants et disposent également d’un bureau à Phalsbourg pour être en contact permanent avec sa brigade de tutelle, quitte à intervenir en renfort en cas de besoin.

A la rencontre de la population

Rencontres d’élus, de commerçants ou encore d’entrepreneurs rythment les journées des trois gendarmes. Armés de cartes de visite – ils en ont déjà distribué près de 200 – et de flyers, ces militaires font de la prévention et du conseil. « Nous n’allions plus voir les gens à cause de la charge de travail, des enquêtes, des interventions », remarque Pierre Weingartner. Une lacune pour cet adjudant qui observe qu’une franche discussion nécessite du temps. Concrètement, il s’agit par exemple de sensibiliser les pharmaciens locaux à une série d’escroqueries en cours visant leurs commerces.

gendarmes contact population
L’adjudant Pierre Weingartner et le gendarme Damien Watremez, lors d’un échange avec un commerçant (Crédit photo: GT/ L’Essor).

Ce mardi, en début d’après midi, les deux gendarmes poursuivent leur route vers un supermarché de Phalsbourg. L’établissement est en travaux et accueillera bientôt une nouvelle allée de boutiques, dont une bijouterie. Les militaires, après avoir distribué des flyers à des clients sensibilisant aux escroqueries, s’informent de l’avancée du chantier de ce commerce sensible. « Nous visitons régulièrement les commerçants, qui nous parlent de leurs soucis », note Pierre Weingartner. Le soir, chaque échange est soigneusement signalé à la hiérarchie, à travers des fiches de renseignement simplifiées, mentionnant l’interlocuteur, la date et l’information utile. Des informations qui produisent des résultats concrets, comme avec l’arrestation de ce voleur à l’étalage qui sévissait dans les supérettes de la région.

Une mission de renseignement

Car la brigade de contact n’a pas pour seule vocation la prévention. C’est une cellule dédiée au recueil du renseignement. Un exemple : le premier contact de Pierre Weingartner dans ses nouvelles fonctions est un agriculteur, membre d’une organisation syndicale, qui a eu maille à partir avec la justice après un épandage de fumier sur le parking d’une grande surface. Dans la discussion, l’adjudant apprend qu’une guerre des prix est en train de monter entre des distributeurs, susceptible de remettre le feu aux poudres chez les paysans. Une information d’intérêt national qu’il fera remonter à travers son rapport.

Gendarmes ONF
Avec l’Office national des forêts (Crédit photo: GT/ L’Essor).

Il y a quelques jours, les militaires ont également suivi de très près avec Nicolas Gérard, un responsable local de l’ONF, la vente du bois bourgeois, une vieille tradition qui s’est traduite, en début de semaine, par la cession aux habitants d’environ 400.000 euros de bois. Mais les gendarmes de contact ne se limitent pas au renseignement d’ordre public. Ils signalent également, par exemple, quand telle entreprise embauche. « Je suis convaincu que ces brigades vont nous apporter du renseignement intéressant », souligne, satisfait, un haut gradé de la Gendarmerie spécialiste du domaine.

Lire aussi: La Gendarmerie installe ses premières antennes du renseignement territorial

Pour le moment, le bilan de cette expérimentation est très positif. Elus et habitants reprennent l’habitude de croiser et de parler à des gendarmes en dehors des urgences. « C’est aussi le point de vue des gendarmes de ces brigades, qui sont extrêmement satisfaits parce qu’ils retrouvent leur métier, remarquait également Richard Lizurey devant les députés. Notre ADN, c’est la proximité. Pour eux, cette fonction contact est extrêmement valorisante. »

voiture gendarme route
Sur les routes de Dabo (Crédit photo: GT/ L’Essor).

Il existe cependant une ombre à ce beau tableau. L’expérimentation se fait à moyens constants. Les trois gendarmes de la brigade de contact de Dabo représentent autant de militaires en moins pour celle de Phalsbourg, forte de 21 personnels. A terme, pourtant, avec leur connaissance du terrain, ces gendarmes peuvent constituer un vrai plus. « Cela me permet d’aider mes collègues dans leurs enquêtes, de les guider vers les personnes à voir pour obtenir des informations utiles », explique ainsi Damien Watremez.

Que deviendra à terme ce dispositif ? Lancé avant l’élection d’Emmanuel Macron, qui a fait de la nouvelle police de sécurité du quotidien un axe majeur de sa réforme de la sécurité, il a le vent en poupe. Aucun calendrier d’une éventuelle extension n’a pour le moment été décidé. Par contre, on sait déjà que la fonction « Contact » va être introduite dans l’ensemble des unités existantes. Avec ou sans brigades dédiées, la Gendarmerie veut renouer avec cette vieille tradition. L’Institution n’était-elle pas surnommée pendant longtemps « l’Arme du renseignement » ?

Gabriel THIERRY.

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12 Commentaires

  1. Alain2pau

    Ce n’est pas nouveau, nous avions connu ceci il y a ……… un quart de siècle, dans les années 90.

    • bratschi charles et bernadette

      tout à fait. La question est – pourquoi la gendarmerie n’a pas conservé ce principe.

  2. GRAS

    Ce dispositif ne sera viable et efficace que s’il s’accompagne d’un contrôle effectif des axes routiers. La plus grande partie des actes de délinquance nécessite l’usage d’un véhicule automobile. Contrôler les flux à l’image d’un contrôle de zone est une condition indispensable à la maîtrise de la délinquance et à la connaissance de sa circonscription. Aujourd’hui, on ne voit les gendarmes au bord des routes qu’avec un radar de vitesse. On a quasiment aucune chance d’être contrôlé en l absence d’une infraction à la vitesse.

  3. Enfin on revient à ce qui n’aurait jamais dû disparaître, le contact avec la population, les services de surveillance générales, la recherche du renseignement. Que de temps perdu… mais bon, saluons cette initiative. Oui il faut aussi de la présence au bord des routes pour des contrôles aléatoires …. eh oui cela existait déjà il y a 25 ans…!

  4. narber56

    Enfin un retour à la surveillance générale, au contact avec la population, à la recherche du renseignement. Il était temps de renouer avec les ” Gens ” . Egalement, il serait bon de remettre les gendarmes au bord des routes pour des contrôles aléatoires sans pour cela verbaliser à outrance. Finalement on revient 25 ans en arrière…! eh oui ce qui se faisait dans ” ces temps là ” n’était pas si mauvais que cela. A méditer…!

  5. RIVIERE

    Rien d’innovant dans tout cela. Jeune gendarme, c’était ma mission 1ère dans ma petite unité à 6 située dans l’Aveyron avec 1 chef comme CB et moi même comme adjoint car OPJ. Par la suite le Pagre est passé par la ainsi que les communautés de brigade, etc…

  6. TOPIN

    Les gendarmes passeront peut-être voir les retraités et ne laisseront plus d’invitation dans les boîtes aux lettres la nuit. Retour à la réalité, il était temps, grand temps.

    • TIBER02

      Même chose, depuis plus de deux ans en retraite, j’ai vu les gendarmes deux fois pour me remettre ma carte de retraité, puis c’est tout. Plus rien…

  7. coulon

    Il faudrait vraiment que ces effets d’annonces se concrétisent sur le terrain. En effet, ils y a des années que les gendarmes ont déserté le terrain et le contact avec la population. Moi-même retraité de la gendarmerie depuis 10 ans, j’ai du voir les gendarmes, passer 3 ou 4 fois chez moi, alors que la gendarmerie est à 800 mètres de ma maison. Idem pour la présence sur les routes, outre les radars, vous pouvez parcourir des centaines de kilomètres sans apercevoir une patrouille de gendarmerie. Où sont les motards spécialistes de la police route ???

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