dimanche 19 novembre 2017
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Au cœur du laboratoire des gendarmes hackers

C’est un des joyaux high-tech de la Gendarmerie. Dans la lutte contre la cybercriminalité, le département informatique électronique de l’IRCGN, chargé d’analyser des supports numériques pour des services enquêteur ou des magistrats, n’est pas forcément l’unité la plus engagée. Mais elle constitue l’une des armes décisives de l’institution pour la résolution des cas les plus complexes.

Un circuit imprimé vu en gros plan au laboratoire du département informatique électronique.
Un circuit imprimé vu en gros plan au laboratoire du département informatique électronique.

Les vingt militaires de l’ « INL » (INformatique éLectronique), l’acronyme qui désigne ce département, sont des cracks en rétro-ingénierie. Ils suivent environ 300 dossiers par an, soit plusieurs centaines de supports à analyser et 60 teraoctects de données. Ces gendarmes geek en blouse blanche sont capables d’imprimer un circuit imprimé ou de faire de minutieuses opérations de soudure, ou d’analyser des maligiciels et des rançongiciels pour retrouver des données. Un art indispensable pour forcer les portes numériques les plus récalcitrantes, généralement des téléphones ou des disques durs. Voire plus.

Le département joue parfois un rôle de soutien opérationnel

En 2013, les gendarmes font face à une organisation qui a développé une technique d’escroquerie à la carte bleue sophistiquée. Des terminaux de paiement sont modifiés, utilisés par exemple dans la restauration rapide. Les machines envoient via bluetooth, numéros et codes secrets de carte bleue sur le téléphone de « mules » qui se connectent à proximité. La technique est infaillible et surtout très discrète. Jusqu’à ce que le département fabrique un faux terminal de paiement, un « pot de miel » auquel les trafiquants tenteront de se connecter, ce qui déclenchera leur interpellation. Une affaire isolée pour l’ « INL » avec ce rôle rare de soutien opérationnel, mais qui montre l’étendue de ses capacités.

Le tomographe du département informatique électronique.
Le tomographe du département informatique électronique.

Le cœur du savoir de ce département atypique réside dans son laboratoire. Ici, un tomographe voisine avec deux postes à soudure utilisés pour accéder à des puces électroniques. Un peu plus loin, une cage de Faraday permet d’empêcher des appareils électroniques d’émettre, tandis qu’une imprimante de circuits imprimés permet à l’unité de produire des cartes adhoc. « La preuve numérique est devenue systématique dans les enquêtes, observe Stéphane Létrillard, adjoint au chef du département informatique électronique de l’IRCGN. On retrouve forcément un téléphone portable, des ordinateurs à expertiser… », les deux types de supports les plus analysés par l’unité.

Déménagement à Pontoise

Les disques durs sont l'un des deux grands types de support numérique analysés par l'INL.
Les disques durs sont l’un des deux grands types de support numérique analysés par l’INL.

Le déménagement à Pontoise en 2015, dans les locaux flambant neufs du Pôle judiciaire, à Pontoise, a constitué une bouffée d’air frais. Des bureaux plus grands permettant d’accroître la taille du département, un laboratoire plus spacieux qui accueille désormais des équipements supplémentaires… Autant de nouveaux moyens bienvenus. « Les supports numériques évoluent de plus en plus vite, et nécessitent des moyens plus importants pour accéder à la donnée », souligne Stéphane Létrillard.

Dans la ligne du mire du gendarme, les capacités accrues de stockage, par exemple, qui imposent l’utilisation de logiciels dédiés pour éviter de rechercher pendant des jours l’aiguille dans ces gigantesques bottes de foin numérique. Car avec les cybercriminels, c’est un perpétuel jeu du chat et la souris. « Nous n’allons pas tout expliquer sur la manière dont nous accédons à l’information, comment nous pouvons la déchiffrer, pour éviter qu’ils ne contrecarrent notre possibilité d’accéder à l’information », précise Stéphane Létrillard.

Un brouillard de la guerre indispensable qui participe au prestige de l’unité. Le rapport annuel de l’IRCGN mentionne ainsi le développement d’un programme permettant l’extraction de messages Telegram. Des médias en ont alors conclu que les gendarmes ont réussi à cracker cette application de communication chiffrée utilisée par certains groupes terroristes. Interrogé, le département informatique électronique ne confirme ni n’infirme…

Gabriel THIERRY.

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