samedi 23 septembre 2017
Accueil / Non classé / Attaque terroriste d’Orly: les faits et le portrait du suspect

Attaque terroriste d’Orly: les faits et le portrait du suspect

Des soldats en opération Sentinelle à Antibes en juillet 2016. (Crédit photo S.D. L'Essor).
Des soldats en opération Sentinelle à Antibes en juillet 2016. (Crédit photo S.D. L’Essor).

“Une fuite en avant” d’une heure et demie: un homme connu des services de police et de renseignement a attaqué samedi matin des militaires de l’opération Sentinelle à l’aéroport d’Orly, avant d’être
abattu. Ce que l’on sait de cette attaque, qui fait l’objet d’une enquête ouverte par le parquet antiterroriste.

Les faits

Samedi matin à 06H55, Ziyed Ben Belgacem roule à vive allure, tous feux éteints, quand il est arrêté lors d’un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), au nord de Paris. Après avoir présenté ses papiers, ce Français de 39 ans tire sur un policier avec un pistolet à grenailles, le blessant légèrement à la tête, avant de prendre la fuite.
Il roule ensuite pendant une trentaine de kilomètres jusqu’à un bar de Vitry-sur-Seine où il a ses habitudes, met en joue des clients et tire avec son arme sans faire de blessé. Puis il repart, abandonne quelques kilomètres plus loin sa voiture, en vole une autre, et se rend à l’aéroport d’Orly, situé
à une dizaine de kilomètres.
Peu avant 08H30, au premier étage du hall A d’Orly-Sud, l’assaillant jette au sol un sac contenant un bidon d’hydrocarbures avant d’agresser une patrouille de trois soldats -deux hommes et une femme- de la force Sentinelle: il attrape la militaire, la traîne sur quelques mètres et la menace avec son
revolver ainsi que ses deux collègues.

“Poser vos armes. Mains sur la tête. Je suis là pour mourir par Allah. De toutes façons il va y avoir des morts”, crie-t-il aux militaires, a relaté le procureur de la République de Paris, François Molins, lors d’une conférence de presse. Au terme d’une lutte “de plus de deux minutes“, d’après le magistrat,
avec la femme, il parvient à s’emparer de son fusil d’assaut, avant d’être abattu par les deux autres militaires, qui tirent à trois reprises.
Ils ont “ouvert le feu pour la protéger” et “protéger tout le public”, a déclaré le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.
Sur l’assaillant, les enquêteurs retrouvent 750 euros, un exemplaire du coran, un paquet de cigarettes et un briquet.

 De la cocaïne et une machette

Ziyed Ben Belgacem, qui résidait à Garges-lès-Gonesse, était bien connu de la justice, avec un casier judiciaire comportant neuf mentions pour des faits de droit commun: il a notamment été condamné à cinq ans de prison en 2011 pour des vols à main armée et à trois et cinq ans de prison en 2009 pour trafic de stupéfiants.
En mars 2016, après avoir commis plusieurs vols par effraction à Paris, il avait été mis en examen et incarcéré pendant six mois avant d’être placé sous contrôle judiciaire. Il faisait depuis l’objet d’une interdiction de quitter le territoire.
L’enquête va s’attacher à rechercher d’éventuelles complicités. L’homme n’était pas fiché “S” (sûreté de l’Etat). Sa radicalisation avait été toutefois repérée par les services lors d’un séjour en prison en 2011-2012, ce qui avait conduit à une perquisition administrative en 2015 “qui n’avait rien donné”, d’après le procureur qui a ajouté qu’aucun séjour à l’étranger, en particulier vers la zone irako-syrienne, n’avait été pour l’instant établi.
Samedi en fin de matinée, les enquêteurs ont placé en garde à vue son père et son frère, qui se sont présentés d’eux-mêmes au commissariat. Selon leurs déclarations, l’assaillant les a contactés par téléphone vers 07H15, confiant 3avoir fait une bêtise“. Un de ses cousins, âgé de 35 ans, qui s’est aussi présenté spontanément au commissariat, est également en garde à vue. Il avait retrouvé l’agresseur la nuit précédent les faits dans le bar de Vitry-sur-Seine.
Une perquisition a été menée au domicile de Ziyed Ben Belgacem au cours de laquelle quelques grammes de cocaïne et une machette ont été retrouvés. Une autopsie doit être réalisée dimanche qui permettra notamment de déterminer si l’assaillant était sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants au moment des
faits. Il s’agira aussi pour les enquêteurs d’éclairer son profil psychologique et ses motivations.
La section antiterroriste du parquet de Paris s’est saisie de l’enquête,
confiée à la section antiterroriste de la Brigade criminelle (SAT), la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

 L’assaillant d’Orly: un passé de violence ponctué de séjours en prison

(PORTRAIT)
Par Ambre TOSUNOGLU et Juliette MONTESSE

Il était prêt à aller “jusqu’au bout”: Ziyed Ben Belgacem, abattu samedi à l’aéroport d’Orly après avoir attaqué des militaires, était un braqueur, délinquant multirécidiviste, qui avait montré par le passé des signes de radicalisation en prison.
Il était “là pour mourir par Allah” et promettait “des morts”. Ses derniers mots, rapportés par le procureur de la République de Paris François Molins, dessinent “un individu extrêmement violent”, avec une intention terroriste, déterminé à “aller jusqu’au bout” de son “processus destructeur”, a estimé le
magistrat.

Comment ce Français de 39 ans et né à Paris en est-il arrivé à s’attaquer à une militaire de l’opération Sentinelle, à engager un long corps-à-corps avec elle et à lui dérober son fusil d’assaut, avant d’être abattu par l’un des deux autres soldats de la patrouille?
Son passé judiciaire esquisse le profil d’un délinquant chevronné, habitué des tribunaux et des séjours derrière les barreaux. Son casier porte neuf mentions : violences, outrages, recel… Et dès 2001, une condamnation à cinq ans de prison pour vol à main armée par la cour d’assises du Val-de-Marne.
Ce séjour en prison n’est pas le seul. En 2009, cet homme au visage dur et aux sourcils broussailleux est condamné successivement à trois puis cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants.

“Une tête qui faisait peur”

Au cours d’un de ces séjours en détention, il laisse transparaître “des signaux de radicalisation”, en 2011 et 2012, selon M. Molins. L’homme n’est pas pour autant fiché S (sûreté de l’Etat), mais son profil justifie une perquisition administrative chez lui, dans le cadre de l’état d’urgence en 2015. Sans résultat. L’assaillant vivait au sixième étage d’un immeuble dans un quartier populaire de Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise). Plusieurs voisins décrivent à l’AFP un homme sombre et renfermé, que nul ne connaissait réellement. Il semblait solitaire. Nul n’avait idée de son passé carcéral, ni de sa mise en examen dans une affaire de cambriolage, pas plus tard qu’en mars 2016. Depuis septembre et sa dernière sortie de prison, il était sous contrôle judiciaire. “La dernière fois que je l’ai vu, c’était il y a trois jours. Il avait l’air déterminé comme s’il voulait en découdre avec sa famille ou ses collègues. (…) Cet homme vivait recroquevillé chez lui”, confie Hamid, un voisin du cinquième étage. “Parfois on se croisait à l’ascenseur, c’est tout. Il portait des tenues de sport. (…) Il avait une tête qui faisait peur. Un petit diable vraiment”, se rappelle Hatice, sa voisine de palier. Rien ne montre à ce stade qu’il aurait effectué des séjours à l’étranger, selon le procureur de Paris, contrairement à de nombreux islamistes radicaux. De la cocaïne a été retrouvée chez lui, et il avait ses habitudes dans un bar italo-cubain au sud de Paris. Un endroit connu pour ses nuits agitées, selon un riverain. C’est là, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), qu’il s’est immédiatement rendu après avoir tiré au petit matin sur un policier qui tentait de le contrôler au nord de Paris, car il roulait trop vite et tous feux éteints. Dans ce bar, il met les clients en joue avec son pistolet à grenailles et tire à nouveau, sans faire de blessés. A ses proches, il a confié au téléphone avoir fait “des bêtises”. Engagé dans “une sorte de fuite en avant avec un processus de plus en plus destructeur qui va visiblement crescendo”, selon le procureur, il vole ensuite une voiture. Direction Orly, avec sur lui un bidon d’hydrocarbures et un coran

.

A voir également

Plusieurs généraux nommés et promus

Plusieurs généraux de brigade sont promus généraux de division et plusieurs colonels sont promus généraux …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *