mercredi 13 décembre 2017
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Richard Lizurey, le directeur général de la Gendarmerie nationale. Crédit photo: Gabriel Thierry / L'Essor
Richard Lizurey, le directeur général de la Gendarmerie nationale. (Photo d'illustration/ Gabriel Thierry/L'Essor).

Les confidences de Richard Lizurey aux journalistes de défense

Armement, formation, ou encore proximité : le directeur général de la gendarmerie nationale s’est longuement exprimé devant l’Association des journalistes de défense, ce mardi 4 juillet. Pendant une heure et demie, Richard Lizurey a dévoilé certains de ses projets pour la Gendarmerie et expliqué les enjeux qui se présentent pour l’institution.

Recrutement de 50.000 gendarmes dans les cinq ans. La Gendarmerie doit faire face à une hausse du nombre de gendarmes à former, 50.000 sur cinq ans. L’augmentation du nombre de départs – de 3.500 par an environ à 10.000 – est due à une « bosse générationnelle » causée notamment par la retraite des gendarmes recrutés au début des années 1980, la « Génération Mitterrand ». Pour Richard Lizurey, le dispositif de formation actuel va permettre « de répondre globalement à la demande ».  « Il faudra travailler pour augmenter les capacités à l’école de Dijon, avec l’accueil de 5 compagnies supplémentaires », précise Richard Lizurey. Et de préciser que cette hausse de l’activité dans le recrutement oblige également de travailler sur le sujet de la formation continue. Plusieurs pistes ont été évoquées : l’enseignement numérique, la mutualisation de l’offre de formation avec la Police nationale sur des sujets précis (police scientifique, nouvelles technologies), et la recherche d’offres de formation dans l’Éducation nationale, pour ne « pas réinventer la poudre ».

Le terrorisme. Le directeur général de la Gendarmerie nationale est, depuis le 1er novembre 2016, prévenu directement, « dans le quart d’heure », par ses troupes de terrain en cas de suspicion d’attentat terroriste. Concrètement, le chef de patrouille est tenu d’informer le directeur général, sur son portable, via les commandants ou les centres opérationnels de groupement. « Cela me permet d’informer le ministre de l’Intérieur ou de tordre le cou à des canards », précise Richard Lizurey. « Je n’ai pas vocation, derrière, à gérer les choses, car la hiérarchie fait son travail, poursuit-il. Mais cette information est indispensable, notamment eu égard à la vitesse des chaînes d’information. »

Armement. Le général Lizurey souhaite s’inspirer de la Police nationale pour la dotation de l’armement. Il souhaite en effet que le gendarme soit doté, à sa sortie d’école, « de son arme et de son matériel pour sa carrière ». Pour le moment, le matériel est affecté à une unité et non pas à un militaire en particulier. « C’est un changement fondamental dans notre mode de fonctionnement », avertit Richard Lizurey, qui souhaite que cette possibilité soit mise en place « dès l’année prochaine ».
Par ailleurs le DGGN a abordé le sujet du port d’arme hors service précisant qu’aujourd’hui, un « tiers des officiers et sous officiers de Gendarmerie sont autorisés à détenir leur arme hors service ». Enfin, les nouveaux moyens matériels mis en œuvre dans le cadre des plans terroristes « nous permettent aujourd’hui de ne plus avoir de difficulté sur le plan de l’armement, même pour les munitions », poursuit-il. Les obligations relatives au tir réglementaire prévoient un tir de 90 cartouches par an, contre 30 il y a deux ans.

La proximité. Un retour d’expérience sur l’expérimentation des brigades de contact, 30 en tout à ce jour, composées de 6 gendarmes, est prévu cet été. Elles ont été mises en place au 1er février. « Nous avons supprimé 500 brigades territoriales sur 3.600 ces dernières années, rappelle Richard Lizurey. Si nous poursuivions, nous pourrions aboutir à des déserts de sécurité. C’est pour cela que j’ai proposé une autre piste, celles des brigades de contact, pour redonner de la proximité, du lien entre la population et la Gendarmerie. » Les brigades de contact doivent permettre d’affirmer « la pérennisation de ce lien », car sinon, « nous allons arriver à une Gendarmerie d’intervention, alors que notre ADN, c’est la proximité ». Cette fonction de contact devrait être développée. Sous quelle forme ? La question n’est visiblement pas actée. « Nous verrons s’il y a lieu d’accroître le nombre des brigades ou de créer une fonction contact dans les unités », explique Richard Lizurey, qui souhaite redonner « de l’humanité à notre fonction ».

Cette proximité avec la population passera également par la mise en place d’un dispositif d’évaluation, prenant la forme, annuellement ou plus régulièrement, d’un échange entre les commandants d’unités, les élus et une partie de la population. « La Gendarmerie nationale n’existe pas pour elle même, mais pour la population qu’elle doit surveiller, qui doit dire comment le service est ressenti et comment il doit évoluer », souligne le directeur général de la Gendarmerie nationale.

Enfin, cette proximité doit être renforcée avec la création d’une brigade numérique, permettant notamment de restaurer du lien avec les populations. L’objectif, avec cette brigade numérique, est « d’avoir des vrais gendarmes, des professionnels qui répondent aux questions de la population », signale Richard Lizurey. Ce service, qui ne doit pas se substituer aux structures d’alerte du type du « 17 », doit cependant être encore affiné. « Nous devons travailler avec la Chancellerie pour que cette brigade ait une compétence nationale », remarque par exemple le directeur général. Des travaux donc à suivre.

Gabriel Thierry.

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15 Commentaires

  1. POUYADOUX

    Comment ça les brigades de proximité ? – Un petit exemple : j’habite dans un petit lotissement dans une petite agglomération d’environ 5000 habitants – Mon voisin ( coté jardin ) est un des gradés de la brigade que j’ai commandée jusqu’en 2003 – L’intéressé n’ignore rien de mes activités professionnelles antérieures – Malgré tout, jamais une parole, jamais un bonjour lorsque on s’aperçoit au travers la clôture qui nous sépare – C’est vrai que les retraités on sent un peu mauvais sans doute ? Ou tout simplement on est vieux, donc pas intéressant –
    ‘( J’ai 70 ans ) – Alors je vois pas comment une brigade de contact peut fonctionner – D’ailleurs plus personne n’aperçoit les gendarmes de la localité, sauf quand ils ont le cul dans l’auto, munis de lunettes noires, le regard fuyant quand on arrive à l’apercevoir- Y ‘aura du boulot les gars pour réparer les dégâts auprès de la population

  2. alizier

    La Gendarmerie de “grand-papa” avait du bon. Nous avions le contact avec la population.
    Pour faire plaisir à nos politiques et pas souci d’économies mal placées, nos têtes pensantes ont voulu “policier” la Gendarmerie. On a voulu créer des “commissariats” de Gendarmerie, avec des effectifs qui ne connaissent plus leur circonscription, ni leur population.
    Le gendarme doit aller au renseignement. L’inverse ne se fera pas.
    Moi-même, retraité depuis 19 ans, je n’ai jamais vu l’ombre d’un gendarme…

    • COLIN

      Tout à fait d’accord avec Alizier, nous les anciens sommes dans l’expectative. En effet, le renseignement a pour l’essentiel son origine auprès de la partie saine de la population. Je pense que les anciens de l’arme constituent un creuset non négligeable. Or, à part quelques exceptions nous sommes les oubliés des actifs. Après 12 années de présence dans ma petite ville de province j’ai eu, il y a maintenant 10 ans,
      la visite d’un gendarme chargé des relations avec les retraités, l’intéressé a fait l’objet d’une mutation et depuis plus rien. Je m’interroge sur cette nouvelle manière d’organiser les services externes. J’ai même eu une réflexion sur ce sujet :”Internet permet de tout savoir ou presque tout”. Ce presque tout messieurs les actifs, vous l’obtiendrez peut être auprès de vos anciens collègues

  3. offsecu

    C’est malheureusement le triste constat que l’ensemble des retraités font.
    J’ai quitté l’active en 1990 puis réintégré l”Institution en Réserve Opérationnelle jusqu’en Septembre 2013.
    Lorsque j’étais en active, notre Commandant de brigade demandait à ce que chaque gendarme, une fois par mois, rende visite aux retraités et veuves de l’Institution, de prendre contact avec les élus et les différents services des Mairies (Etat civil, bureau militaire etc etc)
    De 1990 à 2013, une seule visite d’un gendarme, de mémoire en 1996, pour vérifier ma situation militaire en tant que retraité de l’Institution.
    Comme réserviste, au cours des renforts aux unités de jour comme de nuit, les services de “”tournée de communes”” ou surveillance générale c’est: “”on montre du bleu”” en traversant la circonscription dans tous les sens, sans faire un stationnement, pas un contact avec la population, avec les élus…….juste une chasse aux infractions (surtout pour le téléphone en conduisant) et pour fumer une cigarette, on s’isole dans un chemin de terre et on discute de l’organisation du futur ql ou vacances.
    La remise des invitations pour la Sainte Geneviève se fait au cours des services de nuit et pour les retraités qui habitent en ZPN les invitations se font par mail ou par voie postale quand elles sont envoyées.
    En 2016, au cours de l’Assemblée générale de l’Amicale des retraités du département d’où je réside, le Colonel, Commandant de groupement a déclaré qu’il allait donné des ordres pour que les actives reprennent contact avec les “”anciens de la l’Arme puisque nous étions une source pour obtenir du renseignement. A ce jour de Juillet 2017 aucun gendarme n’est venu à mon domicile.
    Lorsque pour une quelconque raison, nous nous présentons au bureau d’une brigade, le sourire d’accueil est de rigueur mais dès que le mot “”retraité de l’Arme”” est prononcé, le visage se ferme et on peut facilement lire dans le regard “”mais qu’est ce que tu viens nous emmerder, tu ne peux pas rester chez toi”” et si par malheur, le retraité est domicilié en ZPN, il lui est clairement signifié qu’il doit s’adresser au Commissariat de Police alors qu’il y a double compétence territoriale ZGN / ZPN……cherchez l’erreur.
    Du jour où la Gendarmerie a été mise pour emploi sous tutelle du Ministère de l’Intérieur, notre grande maison a perdu son identité de MILITAIRE, de service à la population, les personnels sont devenus des fonctionnaires d’ailleurs il est très rare d’entendre encore parler de “”SOLDE””, de “”PERMISSION””, de “”REPOS”” mais plus de “”SALAIRE””, “”VACANCES””, “”QL””……….
    La Gendarmerie se devait d’évoluer dans beaucoup de domaines, lentement cela a été fait et des améliorations sont encore à venir…….mais elle ne devait pas perdre son âme.

  4. JOUGIER

    je suis d’accord avec les commentaires ci-dessus. En retraite depuis 1992 , ( j’ai 80 ans), je dois pouvoir compter sur une main la visite des gendarmes de la Brigade locale dont j’ai eu le plaisir de commander pendant 12 ans.Je n’en connais aucun sur les 15 voir plus à l’exception d’un Major sur le point de prendre sa retraite. Un Officier en retraite fait le même constat que moi, lui étant pratiquement voisin de la brigade. Ce jour même, étant au restaurant local pour prendre mon repas , comme tous les jours, un gradé ( Major) est venu demander un renseignement au patron de l’établissement et ne s’est pas soucié de ma présence , pour cause ne me connaissant pas. Il serait primordial de renouer avec le passé qui permettrait peut-etre d’avoir un peu plus de renseignement sur la localité

  5. MAUBERT MAX

    Les anciens de l’arme ne sont pas des ” vieux cons”. Les méthodes de travail des années antérieures ont montré leur efficacité, peut-être qu’adaptées à la vie actuelle, elles seraient efficaces.
    La connaissance du terrain et des personnes est le socle du travail d’un gendarme. Les outils modernes ne peuvent remplacer les liens et les connaissances.
    Il va falloir beaucoup de courage pour à nouveau tisser ces connaissances des personnes et du terrain.
    Pour moi c’est fini, sauf à me faire arrêter sur la route pour un contrôle. !!!!!!!!
    Je garde un très bon souvenir de ma carrière et j’affirme mon appartenance à NOTRE ARME” LA GENDARMERIE”
    J’en suis fier, mais quelquefois le comportement des “ptits jeunes” me fait ……….

  6. Sergio 71

    Tant que des politiques qui ne vivent et ne connaissent que Paris, (ils ont oublié d’où ils viennent ) la gendarmerie sera abandonnée. Ils n’ont rien à faire ou plus rien à faire de Pandore comme l’inénarrable SARKOZY qui l’a placée aux ordres de l’Intérieur, avec les dégâts que l’on sait aujourd’hui. Les gendarmes sont des militaires, avec l’esprit militaire et tout ce que cela comporte de sérieux dans la vie et dans le travail.

  7. marco

    J’ adhère totalement aux commentaires ci-dessus. Retraité de l’Arme depuis 10 ans et réserviste durant 5 ans, je réside dans une commune chef lieu de canton où est implantée la brigade. L’année dernière un major a pris le commandement de cette unité. J’ai assisté avec d’autres retraités à sa prise de commandement où j’ai entendu un discours du commandant de compagnie qui, soit disant, donnait des consignes afin que les gendarmes d’actives prennent contact régulièrement avec les retraités. Hors depuis cette cérémonie, je n’ai jamais vu ce nouveau Major ou un gendarme de cette unité à mon domicile. Je dois en conclure qu’ils sont débordés par le travail !!!.

  8. PREVOST Robert

    Je confirme l’absence totale de passage de nos actifs gendarmes auprès des retraités -je réside à LA SEYNE SUR MER (Var) Je me rends ponctuellement à proximité d’AUTUN à CURGY (71400) -dans notre petite maison de famille
    – Je vois ” PASSER ” parfois les gendarmes sans qui’il y ait un ARRET
    -je suis convaincu que ces (jeunes sous officiers)) ignorent que dans cette maison secondaire un retraité de l’arme (Officier Rang chef d’escadron) vient 3 à 4 fois dans l’année!!!-
    je soutiens les souhaits du GENERAL LIZUREY – j’ai eu le plaisir de le connaitre dans les BDR (ou j’étais’officier GIE DPSD ) –
    Néanmoins ne ” cultivons ” pas les critiques et au contraire SOUTENONS notre ARME DE PRESTIGE – Cordialement – Un Actif retraité !

  9. Gégé

    Il est bien de vouloir repenser la culture du contact gendarmerie-population mais n’oublions pas que la société a évoluée, le gendarme et sa famille aussi. Ils ont le droit à un confort de vie normale. Avant de vouloir faire renaître les brigades de campagne, pensez d’abord aux logements existants qui ne sont pas mis aux normes faute de moyens. L’arlésienne est de retour, les campagnes se désertifient avec ses services publics ou commerces et comme “dab” le brigadier viendra compenser cette faille. Quand à l’emploi de l’épouse quasi impossible, les espaces culturels pour la famille inexistants, scolarité des enfants pas forcément au top, y avez-vous pensé? Là encore ce sera le gendarme qui subira et moralement “famille mal dans sa peau en raison de son isolement ” et pécuniairement ” pas de deuxième salaire” coût des transports pour rallier les commodités usuelles. etc.. Il est indispensable d’adapter convenablement la solde de ces s/officiers et de leur famille qui subissent cette situation par rapport aux privilégiés qui font leur carrière sans bouger, dans les casernes confortables ou l’épouse poursuit sa carrière. Certes ce n’est pas un luxe d’avoir deux salaires à la maison mais c’est totalement injuste de devoir subir une mutation ou la famille se renferme sur elle même. Un gendarme bien dans sa tête, heureux, est un gendarme qui ne peut que donner satisfaction dans la tâche qui lui incombe. Tout le monde y gagnerai.

  10. MELIS

    Bravo Richard j’approuve en tous points tes pistes de réflexions. Tu as toujours innové pour notre institution et tu as toujours été dans le vrai. Avec mes amitiés fidèles. Gib.

  11. GILLET

    Que les commentaires cités ci-dessus sont vrais. Depuis quelques jours, je constate qu’une porte d’une résidence est ouverte sur la rue contrairement à l’habitude…Que font les Gendarmes ou policiers municipaux qui passent devant tous les jours. Et comme je n’ai aucun contact avec, pourquoi les “dérangerais-je” avec mes petits réflex curieux de Gendarme retraité.

    J’ajouterai que lorsqu’un Gendarme demande les papiers sans dire bonjour, il ne faut pas s’étonner qu’un outrage soit la seule réponse pour le remettre en place. J’y suis prêt……

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